Le Las Palmas 2016-2017 de Quiqué Sétien : éloge du Toque!

Introduction

Quatrième au classement de la Liga en Septembre, avec un match nul face au Real Madrid, l’équipe des Canaries a fait sensation en Espagne au début de la saison, se distinguant par un jeu résolument offensif. Bien qu’elle soit descendue à la 9ème place, les principes de jeu de cette formation demeurent constants, et leurs matchs continuent d’être captivants. Voici une analyse de cette équipe insulaire qui n’a peut-être pas fini de surprendre.

Composition de l’équipe

Le style de jeu offensif de Las Palmas repose sur deux concepts clés dans le football : le soutien et le redoublement de passes, souvent appelé Toque en Espagne et en Amérique du Sud. Ce style s’articule autour de courtes passes rapides visant à fatiguer l’adversaire, pour ensuite le déséquilibrer. Las Palmas brille dans ce registre grâce à une construction patiente des actions, qui reste initialement peu verticale. Leur but est de placer une grande partie de l’équipe dans le camp adverse, forçant ainsi l’équipe adverse sur la défensive. Les joueurs offensifs comme Araujo et Prince Boateng agissent souvent comme points d’appui, se plaçant dos au jeu, et cherchant à se placer entre les lignes. Les joueurs canariens doivent se rapprocher les uns des autres pour développer leur jeu, avec Boateng qui préfère se positionner près de ses coéquipiers au milieu plutôt que sur les ailes, laissant les latéraux se charger de l’élargissement du jeu.

Comme la plupart des équipes espagnoles, Las Palmas privilégie le jeu au sol depuis le gardien, ne cédant jamais à la panique face au pressing adverse. Ils n’hésitent néanmoins pas à jouer long quand il le faut, avec Boateng qui est souvent la cible dans cette configuration grâce à sa taille, son saut, et sa capacité à jouer de la tête. Les surnombres au milieu, principalement dans l’axe grâce aux talents de Roque Mesa et Vicente Gomez, leur permettent de créer des situations offensives. Notons également l’activité notable du latéral Macedo, souvent servi en profondeur suite à des fixes réussies au centre. Enfin, la capacité de leurs défenseurs centraux à créer des décalages est une qualité rare à ce niveau de compétition : Bigas et David Garcia n’hésitent pas à porter le ballon jusqu’au milieu pour fixer des opposants ou réaliser des passes verticales.

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Finitions et stratégie offensive

La phase de finition repose souvent sur l’un de leurs joueurs clés, Jonathan Viera, qui évolue plus comme un neuf et demi qu’un véritable numéro 10, jouant librement sur le front de l’attaque. Spécialiste des passes mesurées par-dessus la défense, il excelle dans la distribution de passes décisives, que ce soit pour un latéral lancé ou une déviation. Ces passes, nécessitant une maîtrise technique élevée, surprennent les adversaires, permettant à l’équipe de garder une longueur d’avance pour tirer ou centrer. Les centres ne sont pas négligés, souvent réalisés en retrait, comme en témoigne le dernier but face au Celta Vigo le 30 octobre 2016. Bien que les joueurs de Quique Sétien tiennent à contrôler le ballon, cela peut s’avérer ardu face à des équipes espagnoles solides dans ce domaine, d’où la nécessité d’une défense bien organisée.

La phase défensive de Las Palmas

La priorité défensive de Quiqué Sétien n’est pas de pratiquer un pressing très agressif à haute altitude. Avec Boateng, Araujo et Jonathan Viera, l’équipe ne dispose pas de joueurs capables de déployer un volume défensif considérable. De plus, la lenteur de Bigas et Garcia les empêche de maintenir un bloc haut sans laisser d’espace. Ainsi, l’équipe se positionne souvent en bloc médian, s’adaptant d’abord à la configuration de l’adversaire. Ils adoptent un schéma en 4-3-3 contre le Celta Vigo et passent à un 4-4-2 médian contre Villarreal.

Une fois en position, les joueurs cherchent à créer une supériorité au milieu pour récupérer le ballon. Roque Mesa se concentre souvent sur la couverture de ses coéquipiers. La grande implication de Vicente Gomez aide également à soutenir la fermeture d’une action adverse. Cependant, Las Palmas encaisse fréquemment des buts, des lacunes devenant trop évidentes (de Septembre à Novembre, ils n’ont pas concédé de but uniquement face à Malaga, l’Espanyol et Eibar). Même dans un bloc médian, les appels dans le dos des défenseurs exposent ceux-ci aux contre-attaques, comme en témoigne deux des trois buts encaissés contre le Celta.

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Les espaces laissés sur les côtés, notamment du côté de Boateng, ainsi que des difficultés à réduire les distances de marquage facilitent les supériorités numériques pour l’adversaire. Ces points nécessitent une amélioration, mais leur objectif reste de marquer plus que leur adversaire.

Les joueurs importants

Pour comprendre la progression de cette équipe, il est essentiel de se pencher sur certains joueurs clés qui apportent leurs qualités et montent en puissance au fil des mois. Pas besoin de stars, car Las Palmas ne compte aucune célébrité à part peut-être Kevin Prince Boateng, que le président désigne comme « el galactico ». À 29 ans, Boateng a joué dans plusieurs clubs à travers différents pays, mais ses trois dernières saisons à l’AC Milan et à Schalke ont été décevantes. Certain de vouloir se relancer sous le soleil canarien, il connaît un début de saison prometteur avec 4 buts en 9 matchs, jouant un rôle crucial dans l’effectif grâce à ses qualités de percussion, de soutien, et sa capacité à scorer dans la surface.

Deux autres joueurs sont tout aussi essentiels. Le premier, Jonathan Viera, avait été comparé à David Silva au début de sa carrière, mais sa trajectoire a été moins flamboyante. Redevenu important dans son club formateur, il inscrit régulièrement des buts (3 depuis le début de la saison) et joue un rôle clé dans la création des passes décisives. Parfait tireur de coups de pied arrêtés, il excelle par sa technique et son intelligence de jeu.

Enfin, Roque Mesa Quevedo, né le 7 juin 1989, se révèle être le régulateur de cette équipe. Ce milieu de terrain, malgré son petit gabarit, impressionne par la pureté de son jeu. Passé par des équipes de divisions inférieures, il excelle dans l’organisation des attaques et le soutien défensif. Sa capacité à jouer des deux pieds et garder son calme sous pression fait de lui un atout majeur aux côtés de Vicente Gomez.

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Conclusion

Il n’est pas nécessaire d’avoir de gros moyens pour bien jouer au football, et Las Palmas en est un parfait exemple. Composée de joueurs formés au club et d’un mercato sécurisé, cette équipe attire l’attention tant des spectateurs que des recruteurs. Évoluant d’une position de milieu de tableau à celle de prétendant au succès, cette équipe pourrait encore nous émerveiller.

Bilan

Points forts :

  • Entraîneur de qualité avec le soutien de dirigeants dynamiques.
  • Formation d’un collectif basé sur la technique individuelle.
  • Jeu de conservation et de combinaison bien rodé.
  • Défenseurs centraux techniques capables de créer des décalages.
  • Bonne exécution sur coups de pied arrêtés.

Axes de progrès :

  • Équipe souvent vulnérable aux contre-attaques.
  • Espaces laissés trop ouverts sur les côtés.
  • Conservation parfois stérile avec un manque de tranchant.
  • Appels peu variés des attaquants et milieux.
  • Érosion possible de l’énergie physique menant à un repli défensif sans impact.
  • Tendances à pencher vers la droite avec Tana et Viera.

source image 1 : www.worldfootball.net