Se maintenir par un football protagoniste : l’exemple de Brighton sous Graham Potter

La Premier League est souvent reconnue comme le plus prestigieux des championnats, peuplé des meilleurs entraîneurs et des joueurs de renom. Mais pourquoi se pencher sur le cas de Brighton & Hove Albion Football ? Ce thème ouvre la discussion sur la possibilité de pratiquer un football acteur, étendu, même si le but du club est la survie en division. Ces deux concepts peuvent-ils coexister ? Beautyfootball souhaite ici explorer un cas qui pourrait susciter des réflexions. L’idée centrale est la suivante : les écarts de force entre les équipes modeste et les clubs majeurs peuvent potentiellement être réduits par une stratégie sportive judicieuse, un entraîneur pédagogique acéré, et une sélection de joueurs consciencieux et engagés dans cette démarche. En fin de saison, nous pourrons évaluer si l’ambition des Seagulls a pu se concrétiser au sein du championnat le plus disputé au monde.

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Avertissement au lecteur : Cette analyse repose sur un nombre restreint de matchs, qui pourra être approfondi au fil de la saison. Au moment rédaction seulement 3 matchs officiels avaient été joués par Brighton. Les statistiques qui pourraient être présentes doivent donc être mises en perspective avec le temps. Les parties sur lesquelles se base cet article incluent les confrontations de Brighton avec Newcastle, Portsmouth et Chelsea. Les crédits photos : iconsport.fr. Les données proviennent des sites whoscored.com et understats.com.

Éléments de contexte

Dans l’histoire du football anglais, Brighton a rarement figuré en haut de l’affiche, sauf dans les années 80, notamment en 1983 lors de la finale de la Cup contre Manchester United. Depuis, le club du sud-est de l’Angleterre a longtemps navigué dans les divisions inférieures, jusqu’à sa remontée en 2017. Les Seagulls retrouvent alors la Premier League sous la direction de Chris Hughton après une attente de 34 ans.

Malgré ses deux maintiens réussis en 2018 et 2019, la direction décide de se séparer de son entraîneur afin d’entamer une trajectoire plus audacieuse, mais aussi plus prometteuse d’un point de vue esthétique. C’est ainsi que Graham Potter, un entraîneur relativement méconnu en Premier League, est recruté. Avec un parcours de joueur modeste, il a attiré l’attention des dirigeants grâce à ses sept saisons à Östersunds FK, les menant de la 4ème division suédoise jusqu’en seizièmes de finale de l’Europa League, tout en pratiquant un football élaboré. Après un passage mitigé à Swansea, il se retrouve sur le banc de Brighton. L’objectif demeure le même : assurer le maintien tout en proposant un jeu attractif et construit, semaine après semaine.

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Bien que le budget du club ne rivalise pas avec celui de géants comme Chelsea ou Manchester City, les dirigeants investissent près de 70 millions dans le marché des transferts, pour acquérir des joueurs adaptés au style souhaité par l’entraîneur anglais. Le français Neal Maupay en fait partie. Ben White, formé au club et revenu après une saison réussie à Leeds, fait également partie des profils recherchés, sans oublier Adam Webster, Adam Lallana, et le prometteur Tariq Lamptey.

Composition et animation de Brighton

Brighton avec le ballon : des décalages partout

Bien qu’il soit prématuré de tirer des conclusions hâtives en ce début de saison, les premiers matchs tendent à valider une notion essentielle pour appréhender le football protagoniste. Contrairement à l’idée reçue qu’un entraîneur doit se cantonner à ses propres concepts, il est nécessaire d’adapter ces convictions aux joueurs présents ainsi qu’au contexte du club. Une juste harmonie entre ces éléments mouvants pourrait expliquer les succès rencontrés.

Quel est le matériel dont dispose le manager ? En championnat, il aligne une formation type avec peu de variations d’un match à l’autre, à part en raison des blessures et suspensions. De son expérience à Östersunds à Brighton, Graham Potter a mis en place un modèle de jeu axé autour d’une défense à trois, très impliquée sur le plan offensif. Les trois joueurs titulaires en défense centrale possèdent une bonne compréhension du jeu et n’hésitent pas à avancer pour créer des opportunités, tout en cassant les lignes adverses par des passes précises. Le gardien, Ryan, joue un rôle actif avec un positionnement audacieux et des passes bien calibrées.

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Ben White est un modèle de joueur capable d’illustrer l’idéal d’un football protagoniste. Formé à Brighton, il a émergé lors de son prêt à Leeds, et utilise avec succès les mêmes qualités acquises dans le Yorkshire : calme dans la relance, interventions défensives réfléchies, et leadership naturel. Avec Lewis Dunk et Adam Webster, il forme une défense solide.

Les pistons Solly March et Tariq Lamptey ajoutent une dimension offensive avec leur grande capacité à dribbler et centrer, respectant les circuits de passes préalablement travaillés. Les deux joueurs exploitent souvent les ailes, créant de la dangerosité dans le dernier tiers. Cette dynamique est complémentaire à la phase de transition lorsque le ballon est récupéré, grâce à leur vitesse et à leur intelligence sur le terrain.

La sortie de balle est un aspect clé dans l’approche de Graham Potter. Le jeu au sol et la création d’espaces derrière la défense adverse sont des éléments centraux. Au milieu, les associés comme Steven Alzate et Yves Bissouma sont cruciaux pour soutenir cette transition. Bissouma, en particulier, excelle à relancer le jeu rapidement et à attirer l’adversaire vers une direction, avant de renverser le jeu.

Les combinaisons offensives ont lieu à proximité de la surface, et les joueurs exploitent les espaces pour créer des triangles favorables à la frappe. Les centres sont adaptés aux qualités des attaquants, avec un souci d’éviter les situations de jeu aérien direct. Par conséquent, les attaquants bénéficient de la création d’actions et peuvent parfois conclure par leur propre mérite.

Malgré un bon volume d’opportunités (15 tirs par match, avec une dizaine cadrés), l’efficacité dans la finition reste à suivre. Les statistiques de xG renforcent ces indicateurs positifs, mais la réelle capacité de conversion des occasions déterminera leur survie en Premier League.

Brighton sans le ballon : entre pression et repli

Traditionnellement, une équipe luttant pour son maintien adopte souvent une posture défensive, attendue et subissant la domination adversaire. Cependant, Graham Potter a choisi de faire un pas en avant, plaidant pour un pressing haut sur le terrain, avec une grande agressivité.

Brighton s’est engagé à défendre le plus haut possible, soit en position de 3-4-3 ou en se réajustant à un 5-2-1-2, avec des attaquants comme Neal Maupay et Connolly comme premiers défenseurs. Ce pressing acté par l’équipe a montré son efficacité face à des adversaires, récupérant de nombreux ballons dans le camp adverse.

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Lorsque l’équipe adverse arrive à s’installer, un repli est engagé, fermant l’axe et contraignant l’adversaire à jouer sur les ailes. Cela est possible grâce à une cohésion défensive bien structurée, où chaque joueur est conscient de son rôle dans la régulation du pressing.

Les jeunes joueurs de Brighton jouent un rôle clé dans cette dynamique, affichant une grande énergie sur le terrain. Toutefois, leur jeunesse peut également poser des problèmes lorsqu’ils se retrouvent acculés, menant à des fautes dangereuses. La concentration et l’anticipation sont donc essentielles dans leur approche défensive.

Conclusion

La question reste posée : peut-on se maintenir en Premier League tout en pratiquant un football attractif ? Graham Potter et son équipe parviendront-ils à maintenir ce rythme tout au long de la saison ? Il est sans doute trop tôt pour établir des conclusions définitives, mais il est évident que l’audace de cet entraîneur fait du bien au football. Dans un championnat très compétitif, où chaque point est capital, l’approche offensive de Potter séduit les supporters, promettant de belles séquences de jeu. Alors que l’efficacité dans la conversion des occasions sera déterminante pour leur survie, Brighton s’inscrit avec ambition dans le sillage d’équipes du Championship désireuses de briller. À voir si les Seagulls suivront le chemin heureux de Leeds ou la désillusion de Norwich.